Jérémy a pu reprendre le travail après sa chute dans le fleuve lors de l’intervention de la police. Depuis ces événements, d’autres jeunes passent sur le quai, suivre l’évolution des recherches après la disparition de Steve.

Jérémy Becue, 24 ans, fait partie des quatorze personnes tombées dans le fleuve lors de la fête de la musique, quai Wilson à Nantes. Gêné par les gaz lacrymogènes, le jeune homme explique qu’il « ne voyait plus grand-chose ».

Quatorze personnes sont tombées dans la Loire la nuit de la fête de la musique, à Nantes. La plupart après une charge de la police, quai Wilson. Nous avons retrouvé l’une d’elles. Jérémy Becue, 24 ans, opérateur en industrie chimique à Rezé, travaillait cette nuit-là. Il a rejoint le sound system vers 2 h du matin, samedi 22 juin, sans savoir que deux heures plus tard, il manquerait d’être emporté par le courant du fleuve. Heureusement, il a eu la présence d’esprit de ne pas lutter mais de se laisser porter.

Comment en est-il arrivé là ? « La fête était bien avancée. Il n’y avait pas beaucoup de gens très alcoolisés, comme on pourrait le croire. C’était une free party comme une autre, les gens parlaient, dansaient. »

Le couvre-feu était prévu à 4 h. « À ce moment-là, pas mal de sonos (sur les treize présentes) étaient déjà coupées. Un dernier continuait à diffuser du son, au milieu du quai, pas très loin du pont. Je me suis rapproché avec un ami. » Lorsque la dernière sono est arrêtée, « des gens ont crié. C’était euphorique, pas violent. Ils voulaient continuer la fête ».

Jérémy Becue.

Les gyrophares des véhicules de police, garés le long de la route, entraînent des insultes. « Mais c’était les insultes habituelles. Il n’y avait rien d’extrêmement méchant. » À la demande des policiers, le dernier sound system coupe le son. Lorsque ceux-ci repartent vers leurs voitures, le DJ décide de « remettre une dernière chanson, un chant antifa que tout le monde connaît. Les gens se sont tous mis à chanter ».

Mais au milieu du morceau, selon Jérémy Becue, « les gaz lacrymogènes sont partis. Alors que rien n’avait volé. Aucun projectile ». Le jeune homme en est persuadé : « Les policiers ont gazé sans sommation. »

Un nuage de gaz lacrymogène s’est formé au-dessus des teufeurs. « J’ai essayé de me diriger vers la grue et le parking, pour me mettre derrière les voitures. Mais j’étais dans le sens du vent. Il y avait encore plus de lacrymo. »

«Mes yeux, ma bouche, me brûlaient»

Jérémy Becue, à cet instant, se trouve à « trois ou quatre mètres du bord. Je ne voyais plus grand-chose, mes yeux, ma bouche, me brûlaient. C’est là que j’ai mis le pied dans le vide. » Le jeune homme chute dans la Loire, quatre ou cinq mètres plus bas. « Je n’ai pas eu le temps de réfléchir. Je me suis juste dit, merde, je vais tomber. »

« Plutôt bon nageur, ce qui a été un avantage », Jérémy parvient « très vite à sortir la tête de l’eau. J’ai alors cherché de quoi m’accrocher. Je voyais deux cordes, qui servent sans doute à attacher des bateaux, à deux mètres de moi. Mais on était à contre-courant. Les courants étaient tellement forts qu’ils me faisaient reculer ».

«Cette charge de la police, c’est incompréhensible»

Le jeune homme a alors la lucidité de se retourner pour se mettre dans le sens du courant. À cet endroit, l’éclairage des lampadaires et de l’autre rive, lui permet de distinguer les éléments qui l’entourent. Jérémy repère une autre corde. « Je m’y accroche. » Il entend d’autres personnes tomber à l’eau. « Derrière moi, quelqu’un appelle à l’aide. J’arrive à l’attraper par le col. Je vais l’apprendre plus tard, mais cette personne avait l’épaule luxée, à cause de la chute. Elle ne pouvait pas nager. »

Tous deux agrippent fermement la corde, attendent les pompiers. « Je n’ai pas craint pour ma vie. Je savais que les secours allaient vite arriver. » Quelques minutes plus tard, ils sont pris en charge, grimpent dans le canot des pompiers, ainsi que deux autres personnes. Tous les quatre sont conduits aux Urgences. Jérémy s’en tire bien : dans sa chute, peut-être parce qu’il est tombé à plat, il n’a été blessé qu’à la tempe. Le jeune homme est sorti de l’hôpital aux alentours de 8 h, le samedi. « Cette charge de la police, c’est incompréhensible » , dit-il, encore sonné.

Ce mardi 24 juin, un jeune homme de 24 ans, Steve Caniço, reste toujours porté disparu.

Christian MEAS.

source: http://Z_qYSm9i-94aj8Y-JR86mjV8sSg3s0FuIw

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